Indonésie: un ex-champion de la tech devenu ministre condamné à 10 ans de prison pour corruption
Nadiem Makarim, un richissime homme d'affaires indonésien co-fondateur de Gojek et ex-ministre, a été condamné mardi par un tribunal de Jakarta à dix ans de prison pour corruption, alors que 18 ans avaient été requis à son encontre.
Ministre de l'Éducation de 2021 à 2024, M. Nadiem, 41 ans, co-fondateur de l’application de taxi et de motos-taxi Gojek, a été reconnu coupable de corruption liée à l'acquisition d'ordinateurs portables Chromebook pour les écoles, durant l'épidémie de Covid, ce qui a coûté environ 120 millions de dollars à l'Etat.
Le tribunal l'a également condamné à amende d'un milliard de roupies (environ 55.000 dollars) et à rembourser 809 milliards de roupies (environ 45 millons de dollars), sous peine d'une peine de prison supplémentaire de plus de cinq ans.
Une peine de 18 ans de prison avait été requise à l'encontre de ce diplômé de Harvard autrefois considéré comme une figure emblématique de la scène indonésienne des start-ups technologiques.
La décision de choisir des Chromebooks, qui utilisent ChromeOS, le système d'exploitation de Google, serait liée, selon l'accusation, à l'investissement du géant technologique américain dans Gojek.
Nadiem Makarim a nié durant le procès avoir commis tout acte répréhensible et a assuré que l'acquisition de Chromebooks avait permis à l'État de réaliser d'importantes économies.
À l'issue de l'audience, en larmes, il a déclaré avoir été "condamné sur la base de faits totalement déraisonnables (...) Les quatre juges qui m'ont condamné à dix ans de prison n'ont pas pu me regarder droit dans les yeux".
"J'ai en pratique été condamné à 15 ans de prison car on m'ordonne e verser 809 milliards de roupies à titre de restitution, une somme que je ne possède pas", a-t-il ajouté.
Son avocat a indiqué qu'il allait interjeter appel de la décision.
Des dizaines de chauffeurs Gojek, vêtus de leurs emblématiques vestes vertes, sont venus témoigner leur soutien avant de crier "Nadim est innocent !", à l'énoncé du verdict.
- Ministre de Joko Widodo -
L'homme d'affaires a déclaré avoir accepté l'offre du président indonésien de l'époque, Joko Widodo, de devenir ministre de l'Education, en partie pour encourager les professionnels indonésiens à rejoindre la fonction publique, tout en ajoutant que cette affaire pourrait avoir l'effet inverse.
"Les jeunes professionnels craignent d'être les prochaines victimes", a-t-il mis en garde.
Google n'a pas été mis en cause dans cette affaire et l'entreprise a nié toute irrégularité. Le groupe GoTo, créé en 2021 à la suite de la fusion entre Gojek et la plateforme de commerce en ligne Tokopedia, a déclaré que Nadiem Makarim n'avait exercé aucune fonction décisionnelle après sa démission en 2019.
Ce père de quatre enfants a cofondé Gojek en 2010, en commençant par un centre d'appels mobilisant une vingtaine de conducteurs de moto-taxis à Jakarta. Le nom de l'entreprise s'inspire des "ojeks", ces moto-taxis omniprésents dans la capitale indonésienne.
Les services de l'entreprise se sont étendus au-delà de la réservation de courses pour inclure notamment la livraison de repas, avec quelque 3,1 millions de chauffeurs inscrits en 2023.
Le père de M. Nadiem était un avocat en vue qui a siégé au comité d'éthique de l'agence nationale de lutte contre la corruption. Son grand-père maternel, Hamid Algadri, diplomate, était une figure de la lutte pour l'indépendance de l'Indonésie.
Lorsqu'il occupait le poste de ministre de l'Éducation, Nadiem Makarim a mis en place des mesures interdisant notamment aux écoles d'imposer aux filles le port du hijab et a introduit un programme scolaire offrant aux enseignants une plus grande flexibilité pour adapter leurs méthodes d'enseignement.
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A.Gmeiner--MP