Münchener Post - Au nom de l'érosion côtière, des restaurateurs sommés de rendre les clés

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Au nom de l'érosion côtière, des restaurateurs sommés de rendre les clés
Au nom de l'érosion côtière, des restaurateurs sommés de rendre les clés / Photo: Miguel MEDINA - AFP

Au nom de l'érosion côtière, des restaurateurs sommés de rendre les clés

Les vagues qui viennent lécher les transats des restaurants de Villeneuve-Loubet ravissent les vacanciers. Mais c'est peut-être le dernier été pour quatre établissements de cette station de la Côte d'Azur condamnés par l'érosion du littoral.

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"Oukase" : Mourad Bouzaiane n'a que ce mot pour qualifier le courrier du 10 juin de la préfecture des Alpes-Maritimes lui intimant de quitter les lieux sous quatre mois.

Ce quadragénaire, gérant de deux des quatre établissements visés, ne décolère pas : "Ce n’est pas possible qu'un seul homme, le préfet, puisse prendre une telle décision qui relève de l'expropriation déguisée".

En cause, la nouvelle limite du domaine public maritime (DPM) révisée en mars pour prendre en compte l'érosion qui grignote le rivage et le recul du trait de côte, cette ligne invisible qui marque la frontière entre la terre et la mer.

Lorsque la ligne est modifiée, un bien privé peut intégrer le DPM, sans indemnité pour le propriétaire du terrain ou pour son gérant.

- Investissements perdus -

L'emprise du DPM "a mécaniquement tendance à progresser compte tenu de l'érosion qui frappe le littoral, et de l'augmentation du niveau de la mer, pouvant ainsi parfois incorporer des propriétés privées", explique la préfecture.

A Villeneuve-Loubet, commune située entre Nice et Antibes, la mer submerge la plage, atteint la route, et le sable envahit la chaussée à chaque tempête hivernale.

"J'ai investi 350.000 euros pour refaire l'un de mes restaurants, dont 160.000 euros de crédit. J'ai une famille, des enfants, des salariés", se désespère Mourad Bouzaiane, installé depuis neuf ans.

Sa détresse fait écho à celle de milliers d'autres occupants des littoraux français, de l'Atlantique à la Méditerranée, où logements et commerces sont menacés par l'érosion, phénomène naturel de perte de sédiments causé par les vents, les vagues et les marées, aggravé par le changement climatique.

Sur la grande plage de La Ciotat, non loin du massif des Calanques, Evelyne Lelieur a engagé un bras de fer avec la préfecture des Bouches-du-Rhône qui, il y a un an, a intégré au domaine public maritime les terrains de plusieurs restaurants et snacks acquis en 2010 avec son mari.

"On perd la totalité de la propriété des murs, on perd la valeur de tous les fonds de commerce", dénonce la restauratrice.

Pas question pour elle de rendre les clés tant que la justice n'a pas tranché sur les recours qu'elle a déposés.

- Changement climatique -

Le nouveau tracé, défini après enquête publique, prend notamment en compte des tempêtes de l'automne 2023 pour justifier la modification.

"Une aberration totale", affirme Mme Lelieur qui brandit d'autres expertises "prouvant que c'était une tempête totalement exceptionnelle".

Ce conflit désole la municipalité de la Ciotat qui dit souhaiter "une solution juridique permettant la poursuite de l'activité économique".

"La situation climatique oblige l'État à prendre des décisions, ce n'est pas discutable", fait valoir Jean-Marc Martinez, adjoint délégué à l'Environnement, aux Plages et au littoral. "Mais on comprend parfaitement que ces entreprises ont investi beaucoup d'argent, qu'il y a des salariés et une activité faisant vivre notre territoire."

Le maire de Villeneuve-Loubet Lionnel Luca (LR) se montre moins compréhensif et veut contester "le nouveau trait de côte, qui par endroits semble avoir été tracé par les Shadoks", dit-il à l'AFP.

A ses yeux, les services préfectoraux ont fait une "interprétation outrancière" de la loi Climat et Résilience de 2021, qui fait de l'érosion côtière une priorité.

Il voit dans cette loi un "artifice" qui transfère aux communes de nouvelles responsabilités mais sans garantie de moyens. La préfecture des Alpes-Maritimes rappelle que les communes peuvent solliciter des accompagnements financiers.

Mais la prise en charge est encore insuffisante compte-tenu de l'urgence à agir, estime la députée de Gironde Sophie Panonacle (EPR) qui milite pour la création d'un fonds spécifiquement dédié à l'érosion.

"Cela permettrait aux communes de lancer leur stratégie d'adaptation en s'assurant qu'elles seront soutenues", explique à l'AFP l'élue qui préside le Comité national du trait de côte (CNTC), créé en 2023.

"Les activités directement en bord de plage vont finir par disparaître, elles seront repositionnées, il faut l'anticiper, arriver à faire évoluer les mentalités pour éviter de se retrouver devant le fait accompli."

G.Loibl--MP