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Ethiopie: à Addis, les Tigréennes célèbrent Ashenda, inquiètes d'une nouvelle guerre
Ethiopie: à Addis, les Tigréennes célèbrent Ashenda, inquiètes d'une nouvelle guerre / Photo: Marco Simoncelli - AFP

Ethiopie: à Addis, les Tigréennes célèbrent Ashenda, inquiètes d'une nouvelle guerre

Au Tigré, Etat régional de l'Ethiopie, "la population vit dans le désespoir" en raison des menaces de nouveau conflit, explique Tiras Gebregziabher qui, exilée depuis deux ans, célèbre samedi à Addis Abeba cette fête traditionnelle des femmes et filles du nord du pays.

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Comme elle, plusieurs centaines de femmes, en robes et coiffures traditionnelles, se sont réunies au Convention Center où se tiennent des festivités dans la capitale éthiopienne.

Se succèdent des musiques typiques du Tigré et - moins typiques - d'afrobeats, pop contemporaine africaine originaire de l'Afrique de l'Ouest.

Ashenda, fête qui tient son nom d'une herbe haute que les femmes et filles nouent autour de leur taille, est originaire du Tigré, mais est aussi célébrée dans l'Etat régional voisin de l'Amhara, ainsi qu'en Erythrée, ancienne colonie italienne annexée par l'Ethiopie des années 1950 jusqu'à son indépendance en 1993.

Cette célébration marque la fin de Filseta, un jeûne de 15 jours célébré par les chrétiens orthodoxes - confession dominante dans le nord de l'Ethiopie - pour commémorer l'Assomption. Initialement fête religieuse, Ashenda est aujourd'hui davantage célébrée comme symbole de l'indépendance et de l'émancipation des femmes et des filles.

Entre 2020 et 2022, une guerre destructrice a fait rage au Tigré entre les troupes des autorités rebelles tigréennes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), et les forces fédérales, appuyées par des milices locales et l'armée érythréenne.

Ce conflit, l'un des plus meurtriers de ces dernières décennies et qui s'est déroulé largement à huis clos, a fait au moins 600.000 morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

Moins de quatre ans après un accord de paix qui avait fait taire les armes et suscité l'espoir, les nouvelles tensions entre le TPLF, parti banni au niveau fédéral mais qui dirige de fait l'Etat régional, le plus septentrional du pays, et le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, font planer le risque d'un nouveau conflit.

- Désespoir -

Le spectre de nouveaux combats pousse de nombreux Tigréens à fuir leur région, effrayés aussi par les recrutements forcés dans les rangs du TPLF, documentés par l'AFP et l'ONG Human Rights Watch.

Les autorités rebelles du Tigré accusent les forces fédérales - restées muettes sur le sujet - d'avoir procédé en août à plusieurs frappes de drone au Tigré, dont la dernière en date jeudi à Mekelle, la capitale régionale, a fait, selon un médecin sur place, treize blessés.

"Au Tigré, la situation est très mauvaise, il y a la guerre", souligne Tsadeye Werash, maquilleuse de 23 ans. "Nous espérons le retour de la paix dans notre pays" l'Ethiopie, dit-elle en tigrinya, les deux bras décorés de tatouages traditionnels au henné.

Son amie Tiras Gebregziabher, qui a quitté sa région en même temps qu'elle, "prie" pour sa famille restée au Tigré, mais se montre pessimiste: "C'est entre les mains de Dieu (...) Notre peuple vit dans le désespoir", développe cette jeune coiffeuse de 23 ans.

Pour les participantes, fêter Ashenda cette année est une parenthèse, pour se retrouver et "promouvoir notre culture et la paix", explique Tsadeye Werash.

Les femmes et jeunes filles sont vêtues d'habesha kemis, de longues robes en coton blanc parfois agrémentées de broderies ou d'étoffes bigarrées.

Elles arborent des coiffures complexes et très travaillées, de fines tresses sur le crâne qui nécessitent plusieurs heures de travail.

Des jeunes femmes dansent au rythme du kebero, un tambour traditionnel, en bougeant la tête et les épaules.

Certaines arborent sur le front des bijoux ou des perles.

La famille de Muluberhan Argawi, dont une partie est originaire du Tigré, l'autre de l'Amhara, est restée à Mekelle. Cette femme de 23 ans, en recherche d'emploi, n'a qu'un seul désir: "célébrer Ashenda au Tigré".

Mais cette année, ce "n'était pas possible, à cause de la situation actuelle", regrette-t-elle. "Si Dieu le veut, je fêterai Ashenda l'année prochaine au Tigré".

W.F.Walter--MP