Inde: "Peepal Baba" plante des arbres "pour offrir une seconde chance à la planète"
Depuis près d'un demi-siècle, "Peepal Baba", 60 ans, plante des arbres pour reconstituer la couverture végétale disparue dans de nombreuses régions d'Inde et "offrir une seconde chance à la planète".
"Quand j'étais jeune, je plantais des pousses comme un soldat", se souvient Swami Prem Parivartan, que tout le monde appelle "Peepal Baba" ("le père des arbres"), en tassant de la terre avec de la paille humide au pied d'un jeune plant.
Passionné d'arbres depuis l'enfance, il dirige aujourd'hui l'un des plus anciens mouvements citoyens de reboisement d'Inde, qui affirme en avoir déjà planté des millions.
"Ce qui avait commencé comme une initiative individuelle est devenu contagieux", raconte-t-il.
"Nous n'avons pas attendu que les gouvernements agissent", explique le sexagénaire, "nous avons mobilisé des amis, des bénévoles, des promeneurs et toutes les personnes qui croyaient en cette cause".
A New Delhi, gigantesque mégapole de 30 millions d'habitants aux étés caniculaires et aux hivers asphyxiés par la pollution, agir pour préserver ce poumon vert est son combat.
Le nombre exact d'arbres plantés et l'étendue des terres restaurées comptent peu à ses yeux.
"Je n'ai jamais mesuré l'ombre en chiffres", assure le fondateur de l'organisation "Give me trees" ("Donne-moi des arbres"). "Il ne s'agit pas de planter un arbre, deux arbres ou même mille arbres. L'important, c'est la manière dont on gère les terres où ils sont plantés".
"Give Me Trees" affirme avoir contribué à restaurer la couverture végétale sur plus de 270.000 hectares à travers l'Inde, soit une superficie supérieure à deux fois celle de Delhi et comparable à celle du parc national de Yosemite, en Californie.
Elle dit avoir planté ou préservé 26 millions d'arbres.
- Restaurer les sols -
"Peepal Baba" doit sa fascination pour les arbres à sa grand-mère et au jardin où il a planté ses premières pousses le jour de ses 11 ans, dont un peepal (Ficus religiosa), un arbre sacré en Inde.
Dans son autobiographie publiée en 2026, il les appelle les "tours de refroidissement de l'espoir humain".
Après des études à l'université, bâton de pèlerin en main, il s'est mis à sillonner les routes du pays à scooter pour encourager les habitants à planter.
C'est lors de l'un de ces périples qu'une personne l'a baptisé "Peepal Baba", un surnom qu'il a aussitôt adopté, estimant qu'il parlait davantage aux habitants que celui d'"écologiste".
"Mon surnom voyageait plus vite que mon scooter", a-t-il écrit.
A partir de ses carnets, il estime avoir parcouru avec son scooter près de 540.000 kilomètres, soit l'équivalent de plus de 13 fois le tour de la Terre.
Il dormait dans des temples, des maisons, des abribus ou... sous un peepal.
Longtemps soutenue par les aides des particuliers et des collectivités, son association a fait appel ces dernières années à de grands donateurs issus du secteur privé pour développer son action.
Avec plus de 1,6 million d'abonnés sur Instagram, "Peepal Baba" diffuse désormais aussi son message via les réseaux sociaux et un nombre de plus en plus grand de bénévoles sur le terrain.
Sa philosophie a évolué: il ne s'agit plus seulement de planter des arbres, mais aussi de restaurer les sols.
Inlassablement, il continue de bêcher, planter, arroser et revenir pour s'assurer que la jeune pousse survit.
"Toutes les civilisations qui ont pris soin de leurs sols ont prospéré, toutes celles qui les ont négligés ont disparu", affirme-t-il.
"Nous avons construit des gratte-ciel assez hauts pour toucher les nuages, mais nous avons oublié comment nous agenouiller pour toucher la terre".
F.Koch--MP