Un documentaire revient sur l'histoire de Lucy Letby, l’infirmière britannique tueuse de nouveaux-nés
Un documentaire contenant des images inédites revient sur l'affaire de Lucy Letby, l'infirmière britannique emprisonnée à vie pour le meurtre de sept nouveaux-nés, un fait divers exceptionnel qui a provoqué l'effroi dans le pays et continue d'interroger.
"Lucy Letby, au coeur de l'enquête" a suscité avant sa sortie mercredi l'ire des parents de cette infirmière de 36 ans qui purge une peine de prison incompressible pour le meurtre de sept bébés et la tentative de meurtre de sept autres entre 2015 et 2016.
Dans un communiqué publié samedi sur le site du Sunday Times, John et Susan Letby ont qualifié ce film d'"atteinte totale à la vie privée", soulignant la pression médiatique constante à laquelle ils ont été soumis ces dernières années.
En cause cette fois-ci: les images inédites d'une arrestation de leur fille dans leur maison, filmées par la bodycam --petite caméra-- de l'un des policiers.
Le film s'ouvre sur cette scène, montrant la jeune femme dans son lit, en pyjama, confuse, presque hagarde.
Elle est ensuite menottée, en robe de chambre, et emmenée en voiture au poste de police. "Ne regarde pas maman, rentre (à la maison, ndlr)", lance la jeune femme à sa mère, dont on entend les pleurs.
Ce documentaire d'une heure et demie ne se veut pas exhaustif mais entend proposer au public les versions des deux parties dans ce fait divers qui a bouleversé le pays.
- "Avons-nous arrêté la mauvaise personne ?" -
Lucy Letby a été condamnée en août 2023 à la perpétuité incompressible, une peine rare, jugée coupable d'avoir tué sept nourrissons en leur injectant de l'air par intraveineuse ou en utilisant leurs sondes naso-gastriques pour envoyer de l'air ou une surdose de lait dans leur estomac.
Elle a aussi été reconnue coupable de tentatives de meurtre sur sept autres nouveaux-nés dans son unité de soins intensifs de l'hôpital Countess of Chester (nord-ouest de l'Angleterre).
Elle a toujours clamé son innocence. La justice britannique lui a refusé à deux reprises la possibilité de faire appel.
L'affaire est actuellement examinée par la Commission de révision des affaires criminelles (CCRC), qui traite les cas d'erreurs judiciaires potentielles.
Par ailleurs, les causes de la mort de six bébés vont être examinées à partir du 5 mai par un coroner, officier de police judiciaire, dont les conclusions peuvent le cas échéant être transmises aux services du procureur.
Dans le septième cas, l'enquête du coroner n'avait pas permis de déterminer si la mort du bébé était naturelle ou non.
Le documentaire contient aussi des images inédites tirées des vidéos des gardes à vue de Lucy Letby, et le témoignage de la mère de l'une des victimes.
Il met en avant des éléments troublants comme lorsque Lucy Letby répond "sans commentaire" aux questions des policiers. Ou quand il montre des extraits de son journal intime où les dates coïncidant avec la mort des bébés sont marquées d'un astérisque.
A contrario, le film comporte le témoignage du médecin canadien Shoo Lee, qui a remis en cause les expertises présentées au procès et se dit convaincu de l'innocence de Lucy Letby. Et se termine sur celui du docteur John Gibbs, ex-pédiatre à l'hôpital où a officié la jeune femme.
"Je vis avec deux culpabilités: celle d'avoir laissé tomber les bébés et une toute petite culpabilité, avons-nous arrêté la mauvaise personne ? Juste au cas où. Je ne pense pas qu'il y ait eu d'erreur judiciaire, mais on s'inquiète que personne ne l'ait vue commettre ces actes", a-t-il déclaré.
Interrogé mercredi sur la radio LBC News, le ministre de la Santé Wes Streeting a déclaré "continuer à faire confiance aux décisions des tribunaux", sauf si elles sont invalidées par la justice elle-même.
D.Johannsen--MP