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Fermer CNews, comme le demande le maire de Saint-Denis? Pas si simple
Fermer CNews, comme le demande le maire de Saint-Denis? Pas si simple / Photo: Lionel BONAVENTURE - AFP/Archives

Fermer CNews, comme le demande le maire de Saint-Denis? Pas si simple

Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a appelé à la fermeture de CNews, qu'il qualifie de "chaîne raciste", après la diffusion de propos polémiques le visant. Mais fermer une chaîne ne peut être que l'aboutissement d'un long processus.

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- Pourquoi demander cette fermeture?

"Est-ce que nous sommes obligés d'avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews et d'autres?", a déclaré mercredi Bally Bagayoko à l'AFP.

La polémique fait rage sur le traitement réservé à l'édile sur la chaîne info dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Vendredi en plateau, un psychologue, Jean Doridot, a estimé qu'il était "important de rappeler que l'homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes" et que "dans toute collectivité, dans toute tribu (...) il y a un chef qui a pour mission d'installer son autorité". Puis le philosophe Michel Onfray a évoqué samedi "une tribu primitive" et prêté à M. Bagayoko une attitude de "mâle dominant".

Gauche et gouvernement se sont indignés. Le maire a déposé plainte mercredi contre CNews, Jean Doridot et Michel Onfray. Le gouvernement étudie aussi la possibilité de poursuites.

M. Bagayoko et plusieurs élus de gauche agissent sur un autre front: auprès de l'Arcom, saisie de multiples signalements. Le régulateur de l'audiovisuel "doit être beaucoup plus sévère", selon le maire.

Première chaîne info en part d'audience en 2025, CNews a réfuté tout "propos raciste" à l'antenne.

- Quels sont les pouvoirs de l'Arcom?

L'Arcom, autorité administrative indépendante, attribue aux chaînes et radios le droit d'émettre, moyennant des obligations.

Si elles sont enfreintes, l'Arcom agit graduellement. Elle peut faire notamment une "mise en demeure", obligatoire avant toute sanction.

Les sanctions relèvent d'un processus plus lourd: un rapporteur instruit le dossier. L'autorité peut ensuite infliger à une chaîne une amende, plafonnée à 3% du chiffre d'affaires, 5% en cas de récidive. Au-delà, l'Arcom peut ordonner la suspension d'un programme, la réduction de la durée d'autorisation d'émettre (un an maximum), et enfin "le retrait de l'autorisation".

CNews est régulièrement épinglée par l'Arcom: elle avait par exemple écopé en février de deux amendes totalisant 100.000 euros pour deux séquences à l'été 2025, pouvant inciter selon l'autorité à la discrimination des musulmans et des Algériens.

L'Arcom souligne qu'elle ne peut intervenir qu'a posteriori. De même, elle "ne s'immisce pas dans la ligne éditoriale des chaînes", tant que les règles du pluralisme sont respectées.

Son patron, Martin Ajdari, souligne la "complexité" de la mission de l'autorité, "sous le feu de critiques simultanées de laxisme et de censure".

- Le pluralisme, autre front

En pointe, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian a demandé à l'Assemblée nationale une mission d'évaluation sur le régulateur. L'Arcom doit jouer "son rôle de gendarme de l'audiovisuel face au racisme décomplexé et aux fausses informations", juge-t-elle, considérant que "le sentiment d'impunité" doit "cesser".

"Nous devons évaluer les moyens juridiques et financiers" de l'autorité, dit-elle à l'AFP.

Selon la députée, "le pluralisme interne n'est pas respecté" sur CNews. Mais l'Arcom n'a pas constaté de manquement.

Cependant, elle est tenue à un contrôle élargi du pluralisme, depuis une décision du Conseil d'État de 2024. L'Arcom s'intéresse désormais à "la diversité des invités, la variété des thèmes traités à l'antenne (et) la pluralité des opinions exprimées", ce qui est difficile à mesurer.

L'ONG Reporters sans frontières a saisi le régulateur du cas de CNews en janvier sur ce fondement, dossier de 112 pages à l'appui. L'Arcom doit statuer dans les prochaines semaines.

- Le précédent C8

Après des millions d'euros d'amendes, l'Arcom avait décidé de ne pas reconduire la fréquence TNT de C8. La chaîne, qui était comme CNews la propriété du groupe Canal+, a cessé d'émettre début 2025.

Devant les députés la semaine dernière, Vincent Bolloré a estimé que C8 avait été "confisquée". D'après lui, "celui qui était visé c'était moi, à travers Cyril Hanouna" son ancien animateur vedette.

"Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît", a-t-il asséné au sujet des sociétés et médias dans son giron.

CNews, dont l'autorisation d'émettre sur la TNT a été renouvelée au même moment pour dix ans, pourrait-elle devoir fermer également? "Tout est possible", a répondu M. Bolloré aux parlementaires.

A.Meyer--MP