Budget : Lecornu fait un geste en faveur des entreprises
Sébastien Lecornu fait un geste en faveur des grandes entreprises en leur promettant de baisser une surtaxe exceptionnelle à défaut de pouvoir la supprimer dans un contexte budgétaire contraint, espérant ainsi préserver une politique de l'offre qu'il estime source de croissance.
Dans un courrier aux entrepreneurs rendu public mercredi, le Premier ministre annonce qu'il "diminuera" dans le budget 2027 la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises.
Le gouvernement étudiait la reconduction pour une troisième année de cette surtaxe, mais le ministre de l'Economie, Roland Lescure, plaidait pour une baisse. M. Lecornu avait également estimé que la reproduire à l'identique "enverrait un très mauvais signal aux investisseurs internationaux".
La gauche a aussitôt dénoncé un nouveau cadeau fait aux grandes entreprises.
Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a estimé que le Premier ministre était "toujours contre le peuple, toujours au service des multinationales", qui en outre "veut faire payer les malades et les retraités".
Pour le patron du Parti socialiste Olivier Faure, candidat à la primaire de la gauche social-démocrate, "la droite préfère diminuer la protection sociale et les retraites plutôt que de maintenir une surtaxe sur les grandes entreprises".
- Dépenses "pas choisies" -
Mais le gouvernement ne parle pas d'une suppression de cette surtaxe, réclamée par le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné, qui avait même menacé de mettre fin au plafonnement des prix des carburants dans ses stations-service en cas de l'instauration d'une autre taxe spécifique aux superprofits engrangés par les groupes énergétiques.
Sébastien Lecornu justifie le maintien de cette contribution exceptionnelle par un contexte budgétaire beaucoup plus tendu et des "dépenses" que le gouvernement n'a "pas choisies" : la prolongation des aides ciblées pour compenser la hausse des prix des carburants, du fait d'une guerre au Moyen-Orient qui s'enlise, et un soutien de plus d'un milliard d'euros aux agriculteurs du fait des canicules et de la sécheresse.
Par ce geste, dont les contours ne sont pas encore connus, le Premier ministre tente de préserver la politique de l'offre chère à Emmanuel Macron, qui a beaucoup aidé les entreprises depuis son arrivée à l'Elysée.
"Vous avez besoin de visibilité. La France, elle, a besoin de croissance. Les deux vont ensemble", fait valoir Sébastien Lecornu en soulignant que la croissance "viendra" des investissements, des entreprises, des emplois qu'elles créeront, ou des jeunes qu'elles formeront.
Pour faciliter la transmission des entreprises, il confirme aussi, toujours dans le budget 2027, le maintien du pacte Dutreil sur la transmission des sociétés familiales, et la création d'un "pacte Papin" (du nom du ministre des PME Serge Papin) pour celles aux salariés.
- "Chantage" -
Sur l'apprentissage, "l'une des grandes réussites des deux quinquennats" d'Emmanuel Macron souligne Sébastien Lecornu, "le temps est désormais à la stabilité" : le gouvernement ne touchera ni au financement des Centres de formation des apprentis (CFA) ni aux aides à l'embauche des apprentis, qui seront "sanctuarisées".
Le Premier ministre évoque toutefois la possibilité de "revoir" les aides aux entreprises lorsqu'elles n'ont "plus d'efficacité" ou se transforment "en effet d'aubaine".
Mais il rappelle que le budget pour 2027 reposera "d'abord sur la stabilité fiscale" sans "impôt nouveau".
Le locataire de Matignon distille depuis la fin août les contours de son prochain budget et prépare les esprits à des "décisions difficiles", notamment dans la sphère sociale, alors que les oppositions le menacent déjà de censure.
Pour que l'Etat donne l'exemple, il envisage de réduire les indemnités de ses ministres, même si ce n'est "pas ça qui va réduire le déficit, la dette", a fait remarquer Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle.
Le chef du gouvernement entend aussi freiner la hausse des dépenses sociales, avec une "réforme" des arrêts maladie, le déremboursement de certains médicaments et surtout une "désindexation" des retraites en dessous de l'inflation, à l'exception des petites pensions, une mesure qui divise.
Dans un courrier à Sébastien Lecornu daté de mercredi, la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, estime que la situation budgétaire "traduit le bilan accablant de dix années de politique de l'offre".
Elle l'accuse également de faire du "chantage à la dette", que le candidat de son parti Jean-Luc Mélenchon propose de "congeler" en partie, alors que l'exécutif évoque régulièrement l'éventualité d'une crise financière.
W.F.Walter--MP