Münchener Post - A Brazzaville, les gardiens des archives de la télévision ressuscitent la mémoire du Congo

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A Brazzaville, les gardiens des archives de la télévision ressuscitent la mémoire du Congo
A Brazzaville, les gardiens des archives de la télévision ressuscitent la mémoire du Congo / Photo: Glody MURHABAZI - AFP

A Brazzaville, les gardiens des archives de la télévision ressuscitent la mémoire du Congo

A l'intérieur des bobines rouillées, qui s'empilent du sol au plafond, repose toute une partie de la mémoire de l'Afrique centrale. Longtemps oubliées, les archives de la télévision nationale congolaise, renaissent lentement de leurs cendres à Brazzaville, capitale de la République du Congo.

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"Un coffre au trésor", résume Hassim Tall Boukambou, réalisateur et documentariste congolais, passionné par l'histoire de ce petit pays d'Afrique centrale de six millions d'habitants, que les caméramans de Télé Congo ont filmé pendant des décennies, et qui se prépare à voter dimanche pour la présidentielle.

Depuis 2019, Hassim Tall Boukambou et une poignée de bénévoles tentent de sauver ces archives dans un recoin de l'ancien siège de Télé Congo où les plafonds tombent en ruine.

"Ici on a des 35 mm, là des U-matic, puis des Betamax", énumère le gardien des lieux en déambulant entre les étagères où s'entassent des milliers de bobines.

A l'intérieur, des évènements sportifs, des concerts et enregistrements musicaux, des actualités... mais aussi une litanie de procès "staliniens" organisés par le régime d'inspiration marxiste-léniniste qui ont rythmé la vie du Congo-Brazzaville de 1968 aux années 1990.

Les plus anciennes archives disponibles dateraient des années 1920, à l'époque de la colonisation française, selon M. Boukambou.

- France libre -

Fondée en 1962 au lendemain de l'indépendance, Télé Congo fut la première chaîne de télévision d'Afrique francophone à émettre au sud du Sahara.

"Et pourquoi au Congo spécifiquement ? Parce qu'on avait eu Radio-Brazzaville", raconte M. Boukambou.

La radio de la France libre commence à émettre dès 1940 depuis la capitale de ce qui s'appelle alors l'Afrique équatoriale française (AEF). Elle est dotée d'un émetteur à grande puissance capable de transmettre jusque dans le sud de la France.

Une vingtaine d'années plus tard, lorsque le pays accède à l'indépendance, l'émetteur est toujours en place. La toute nouvelle télévision nationale congolaise, Télé Congo, hérite des infrastructures et devient une référence dans le paysage culturel de la région, diffusant jusqu'au Cameroun, en Centrafrique, au Gabon...

Mais les années passent, et Télé Congo périclite, victime du manque de moyens et de la concurrence de chaînes privées. En 1997, le Congo Brazzaville est ravagé par la guerre civile.

En 2009, la télévision nationale s'offre un nouveau siège, les précieuses archives sont oubliées et pourrissent entre les murs de l'ancien bâtiment, où rien n'a bougé depuis.

Une poignée de militaires veillent encore sur ce sanctuaire à demi en ruines, à l'intérieur duquel des plateaux de télévision sommeillent intacts dans l'obscurité, faute de courant.

Sans climatisation, les fragiles films se dégradent vite dans la moiteur équatoriale. "C'est même un miracle qu'on ait encore des supports exploitables", estime Hassim Tall Boukambou.

Dans une pièce voisine, trois bénévoles frottent et époussettent les vieilles bobines, espérant déceler quelques indices écrits sur leurs tranches.

"Quand je suis arrivé ici, je pensais que c'était pour venir gagner quelque chose, je n'avais jamais entendu parler d'un archiviste" dans le pays, raconte Blanbert Banakissa, peintre et électricien dans le civil, qui se consacre à la restauration des archives chaque samedi depuis cinq ans et souhaiterait en faire un métier à plein temps.

"Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas d'où nous venons, mais à travers ces cassettes que nous avons négligées, on peut transmettre ce patrimoine aux jeunes qui n'ont pas la conscience de ce qu'on a perdu, c'est ce qui nous a motivés à se lancer dans ce travail", dit-il.

- Urgence -

Une fois nettoyée et identifiée, chaque bobine est rangée par thème dans des étagères déjà bien fournies.

Dans une salle voisine, s'entassent des dizaines de bobines jugées trop dégradées par le temps, et qui n'ont pas pu être sauvées.

"Sur chaque bobine, vous avez à peu près une heure de heure de contenu, imaginez le nombre d'heures perdues!" se désole Hassim Tall Boukambou devant la pile.

"D'où l'urgence de se mobiliser", estime-t-il.

Une fois la restauration achevée, les archivistes bénévoles espèrent numériser l'intégralité de leur trésor en partenariat avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA) en France, qui en a déjà ressuscité une partie.

"On a une population majoritairement jeune, moins de 35 ans en Afrique, qui a besoin de se replonger dans leur histoire pour pouvoir relever les défis d'aujourd'hui", estime Hassim Tall Boukambou.

P.Walsh--MP