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Présidentielle au Pérou : deux visions aux antipodes pour un pays en quête de stabilité
Présidentielle au Pérou : deux visions aux antipodes pour un pays en quête de stabilité / Photo: ERNESTO BENAVIDES - AFP

Présidentielle au Pérou : deux visions aux antipodes pour un pays en quête de stabilité

L'élection présidentielle péruvienne oppose dimanche deux candidats aux antipodes: Keiko Fujimori, héritière d'une dynastie politique qui divise le pays, et Roberto Sanchez, député de gauche, dans un Pérou miné par l'instabilité et l'insécurité.

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La fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) brigue la présidence pour la quatrième fois. Jusqu'ici, l'héritage de son père, condamné pour corruption et crimes contre l'humanité, lui a barré la route du pouvoir.

Elle aborde le scrutin avec une légère avance sur son rival, héritier politique de l'ancien président Pedro Castillo, emprisonné après sa tentative avortée de dissoudre le Parlement.

Près de 27 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans un climat de désillusion politique, lassés par la criminalité, la corruption et le chaos institutionnel.

Huit chefs d'Etat se sont succédé en une décennie dans le pays, où l'insécurité est devenue la principale préoccupation d'une grande partie de la population.

"On est entre le marteau et l'enclume, entre Satan et le diable lui-même. Je ne suis d'accord ni avec le communisme ni avec la droite", résume Marco Sanchez, chauffeur de taxi de 38 ans à Lima, qui prévoit de voter blanc.

L'issue du scrutin reste très incertaine. Selon les sondages, un électeur sur quatre demeure indécis face à deux candidats qui ont totalisé moins de 30% des voix au premier tour du 12 avril, marqué par des défaillances logistiques et des accusations de fraude.

Selon une enquête Ipsos datée de dimanche, Keiko Fujimori, 51 ans, devance de trois points Roberto Sanchez, 57 ans.

Keiko Fujimori promet une politique de fermeté contre l'insécurité et présente l'élection comme un choix entre "ordre" et "chaos".

Son rival, soutenu par des nationalistes radicaux, promet un "changement" en faveur des exclus.

Depuis le début de la campagne, il porte le chapeau paysan que lui a offert Pedro Castillo, symbole de la filiation politique qu'il revendique avec l'ancien instituteur andin devenu président. Il assure qu'il lui accordera sa grâce s'il est élu.

Roberto Sanchez accuse sa rivale d'avoir contribué à la crise politique par l'influence exercée depuis des années par son parti Force populaire au sein d'un Parlement qui a fait tomber plusieurs présidents.

Les deux candidats s'accusent mutuellement d'incarner le chaos. "Le chaos s'écrit avec un K", a lancé Roberto Sanchez lors d'un débat télévisé dimanche. "Avec un C, comme Castillo", lui a rétorqué Keiko Fujimori.

- Crises politiques -

Depuis dix ans, le Pérou vit au rythme des crises politiques. Le prochain président prendra ses fonctions le 28 juillet et devra gouverner sans majorité face à un Parlement redevenu bicaméral pour la première fois depuis trente ans.

"C'est la solidité même des institutions démocratiques qui est en jeu", estime Patricia Zarate, analyste à l'Institut d'études péruviennes (IEP).

Keiko Fujimori espère que les inquiétudes liées à la criminalité joueront cette fois en sa faveur.

"J'espère qu'elle a hérité du caractère de son père pour changer cette situation", affirme Hugo Rojas, 54 ans, vendeur de pains sur un marché de Lima, qui dit vouloir voter pour elle.

Keiko Fujimori promet d'expulser les migrants en situation irrégulière et de militariser rues et prisons pour lutter contre la criminalité avec "la même détermination" que son père face aux guérillas qui ont ensanglanté le pays dans les années 1980 et 1990.

Roberto Sanchez propose une réforme de la police, l'abrogation des lois qu'il juge favorables au crime organisé et un recours exceptionnel aux forces armées. Il estime également que la lutte contre l'insécurité passe par un renforcement du système judiciaire.

L'enjeu est majeur. En 2025, le Pérou a enregistré 26.500 plaintes pour extorsion, soit neuf fois plus qu'il y a cinq ans. Dans la région de Lima, le taux d'homicides a triplé pour atteindre 23 pour 100.000 habitants, selon la police.

"Si je ne paie pas les extorqueurs, je mets ma famille en danger", déplore Oliver Cotera, conducteur de moto-taxi de 50 ans.

Malgré les turbulences politiques, le futur président héritera d'une économie en croissance de 3,4% en 2025 et de l'inflation la plus faible d'Amérique latine. L'exploitation minière illégale prospère cependant et sept travailleurs sur dix évoluent dans l'économie informelle.

O.Braun--MP