A La Réunion, en "coma circulatoire", le retour d'un projet de train
Abandonné en 2010 au profit de la Nouvelle Route du Littoral (NRL), le train fait de nouveau l'objet d'un débat public à La Réunion, où les embouteillages s'accumulent. Un projet soumis aux habitants prévoit une liaison ferroviaire de l'est au sud de l'île, entre Saint-Benoît et Saint-Joseph, ponctuée de 25 gares.
"Je ne vais pas faire le trajet maintenant, c'est complètement bloqué", lance Olivier Dijoux, artisan, en scrutant son téléphone. Il doit aller chercher les vis qui lui manquent pour finir de fixer une terrasse en bois, à Saint-Pierre, dans le sud de cette île de l'océan Indien. "Tous les jours, c'est pareil, la ville est totalement embouteillée", se désole-t-il.
Les embouteillages représentent environ 30 km cumulés chaque jour et les Réunionnais passent en moyenne au quotidien deux heures quinze dans les bouchons, selon le bilan des Etats généraux des mobilités, organisés en 2023 par la Région et les collectivités.
"Avec quasiment 500.000 voitures sur l'île et 20.000 véhicules supplémentaires chaque année, nous faisons face à un coma circulatoire", alerte Fabrice Hoarau, conseiller régional délégué aux routes et aux mobilités durables.
Pour améliorer les déplacements, ces Etats généraux ont fait émerger plusieurs pistes, dont le grand retour du train: "77% des Réunionnais ont exprimé leur souhait de voir un train aller de ville en ville".
- "Raisons politiques" -
L'idée ne date pourtant pas d'hier: dans les années 2000 déjà, un tram-train était sur le point de voir le jour.
"Nous avions engagé des frais et réalisé près de cinq années d'études. Mais ce projet a été abandonné pour des raisons politiques", déplore Jules Dieudonné, ancien chef du projet tram-train à la Région jusqu'en 2004.
A l'époque, deux projets concurrents étaient envisagés: la sécurisation de l'ancienne route du Littoral et la réalisation du tram-train. "L'objectif était d'éloigner la route des falaises les plus dangereuses en créant des digues. Il s'agissait d'un projet de quelques centaines de millions d'euros, et non de plusieurs milliards, comme c'est le cas avec la Nouvelle Route du Littoral", détaille M. Hoarau.
Mais en 2010, Didier Robert, alors élu président de Région, a fait le choix de construire la Nouvelle Route du Littoral et d'y réaffecter l'argent prévu pour les deux projets initiaux.
Initialement estimé à 1,6 milliard d'euros, le chantier n'est toujours pas achevé. Après la réalisation de la majeure partie de la route, il reste encore 846 millions d'euros à mobiliser pour terminer la NRL. Parmi les travaux restants figurent notamment 2,5 km de viaduc entre La Grande Chaloupe et La Possession, à l'ouest du chef-lieu, Saint-Denis.
- "Des années de retard" -
Seize ans plus tard, les nouvelles infrastructures routières ne permettent toujours pas de fluidifier la circulation. "En 2000, on avait dix ans d'avance. Aujourd'hui, on a des années de retard", résume amèrement M. Dieudonné.
D'autant que la première rame du nouveau projet ferroviaire ne devrait pas voir le jour avant 2035, avec les derniers tronçons prévus pour 2050. Et pour cause: tout reste à construire.
Le débat public, lancé pour trois mois, doit d'abord permettre aux Réunionnais de se prononcer sur les grandes orientations de ce futur réseau de transport guidé, destiné à desservir les principales villes de l'île.
"La Région aura ensuite trois mois pour délibérer. La colonne vertébrale sera le train (...). L'objectif est d'envisager les transports comme une toile d'araignée avec, au centre, une gare", précise ainsi M. Hoarau.
Le calendrier se dessine progressivement: mi-2027, la Région envisage de lancer les études nécessaires à l'aboutissement du projet. "Le premier coup de pioche est prévu en 2030. Nous souhaitons attendre la fin du chantier de la Route du Littoral pour qu'il n'y ait pas de coupures dans le secteur du bâtiment ni d'effet de bulle", poursuit l'élu.
Les premiers tronçons devraient relier Saint-Benoît (est) à Saint-Paul (ouest), et, dans le sud, L'Etang-Salé à Saint-Pierre. Des axes prioritaires justifiés par une réalité tenace: "C'est là que se concentrent 70% des embouteillages", conclut M. Hoarau.
F.Bauer--MP