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Ethiopie: frappes de drones contre des forces érythréennes déployées dans le nord du Tigré
Ethiopie: frappes de drones contre des forces érythréennes déployées dans le nord du Tigré / Photo: - - AFP

Ethiopie: frappes de drones contre des forces érythréennes déployées dans le nord du Tigré

Des drones éthiopiens ont frappé à de multiples reprises depuis mercredi soir des troupes érythréennes récemment déployées autour de la ville d'Adigrat, dans le nord de l’État régional éthiopien du Tigré, frontalier de l'Érythrée, accroissant les craintes de nouvelle guerre à grande échelle entre les deux voisins.

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Selon des habitants d'Adigrat, des unités érythréennes qui s'étaient déployées ces derniers jours dans cette ville située à environ 40 km de route au sud de la frontière de l'Érythrée, mais aussi plus au sud en direction de la capitale régionale Mekele, ont été vues ces dernières heures se repliant au nord de la ville.

Les tensions sont au plus haut entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, faisant planer le spectre d'une nouvelle guerre après celle meurtrière qui les a opposés entre 1998 et 2000, autour notamment de différends territoriaux.

L'Éthiopie accuse ces derniers mois l'Érythrée de soutenir le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui gouvernait de fait l'État régional et défiait à nouveau l'autorité du gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.

Selon Acled, ONG spécialisée dans l'analyse des conflits armés dans le monde, de "multiples" frappes de drones ont visé depuis mercredi soir et jusqu'à jeudi matin "troupes et munitions érythréennes chargées sur des véhicules militaires" dans les environs d'Adigrat.

- "La paix va régner"

Un habitant d'Adigrat, qui a requis l'anonymat, a fait état auprès de l'AFP de "nombreuses frappes de drones" durant la nuit, assurant que des "camions érythréens (avaient) été détruits". Les soldats érythréens "ne sont plus dans les rues" d'Adigrat, "la rumeur est qu'ils se sont réfugiés dans les collines" au nord de la ville, a-t-il poursuivi.

Interrogés sur la situation dans le nord de l'Éthiopie, ni les autorités d'Asmara ni celles d'Addis Abeba n'ont pour l'instant donné suite. L'Érythrée n'a pas ouvertement démenti la présence de ses troupes au Tigré dans l'immédiat.

"La situation au Tigré revient à la normale" et les forces fédérales "progressent chaque jour", a affirmé jeudi à l'AFP un haut gradé de l'armée fédérale éthiopienne, ayant requis l'anonymat, "la paix finira par régner dans toute la région".

Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège), les forces érythréennes "semblent être en train de se retrancher dans des positions défensives situées juste au nord d'Adigrat, à flanc de colline".

Depuis plusieurs semaines, les forces fédérales éthiopiennes ont procédé à des dizaines de frappes de drones au Tigré, la plupart visant des cibles militaires du TPLF et les hostilités ont finalement repris le 23 septembre entre les forces fédérales et celles du TPLF.

Samedi, l'armée éthiopienne et la Force de paix du Tigré (TPF), milice tigréenne alliée au gouvernement fédéral, ont repris sans combats Mekele, capitale du Tigré, évacuée quelques heures auparavant par les dirigeants et combattants du TPLF.

- Crainte d'embrasement régional -

Cette formation politique, qui a gouverné pendant près de trois décennies l'Éthiopie avant d'être marginalisée par M. Abiy quand il a été nommé à la tête du pays en 2018, a annoncé en septembre la création d'une alliance avec plusieurs groupes armés pour "renverser" le gouvernement fédéral.

Les forces érythréennes ont épaulé l'armée fédérale éthiopienne durant la précédente guerre du Tigré, qui l'a opposée aux forces du TPLF entre 2020 et 2022. Un accord de paix en 2022 avait fait taire les armes, mais n'a pas empêché la reprise des tensions et finalement des hostilités.

M. Abiy a obtenu le Nobel de la paix en 2019 pour ses efforts de rapprochement avec le président de l'Érythrée Issaias Afeworki, au pouvoir depuis l'indépendance de son pays. Mais, leurs relations se sont depuis dégradées, l'Érythrée accusant son immense voisin enclavé de lorgner son port d'Assab, sur la mer Rouge, et d'œuvrer désormais à "un changement de régime" à Asmara.

Reconduit lundi à la tête du gouvernement éthiopien par le Parlement élu en juin et contrôlé à 90% par son Parti de la prospérité (PP), Abiy Ahmed a réitéré la nécessité de garantir à l'Éthiopie un accès à la mer Rouge, dont l'a privée l'indépendance en 1993 de l'Érythrée, ancienne colonie italienne progressivement annexée par l'Éthiopie dans les années 1950.

L'Éthiopie a accusé le 1er octobre l'Érythrée d'actes "d'hostilités et de belligérance", entraînant in fine la rupture de leurs relations diplomatiques, laissant craindre un conflit armé, voire un embrasement régional, notamment en raison de la proximité d'Asmara avec le Soudan et l'Égypte, rivaux régionaux de l’Éthiopie.

R.Schmidt--MP