L'Ukraine accuse Washington de retarder la livraison de missiles
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé lundi les Etats-Unis de retarder à dessein la livraison prévue de missiles intercepteurs à son pays, dans une phase de crispation avec Donald Trump, qui s'est dit prêt à rencontrer Vladimir Poutine.
Le dirigeant américain invective depuis la semaine dernière son homologue ukrainien et multiplie les paroles et gestes favorables à la Russie, alors que les deux belligérants visent quotidiennement leurs infrastructures énergétiques respectives, faisant craindre à Kiev un nouvel hiver rude.
Devant des sénateurs américains lundi soir, Volodymyr Zelensky a assuré que "le Pentagone retarde la livraison de missiles déjà payés" par les Européens pour l'Ukraine dans le cadre du programme PURL. Selon lui, ce lot "attend la signature de (Pete) Hegseth", le ministre américain de la Défense.
Il a aussi assuré que des pays européens étaient prêts, depuis leurs propres stocks, à livrer des missiles intercepteurs Patriot, les seuls à pouvoir abattre les engins russes plus sophistiqués et dont Kiev manque cruellement, mais attendent "l'autorisation américaine".
"Les missiles sont prêts. Ils pourraient déjà se trouver en Ukraine. (...) Mais malheureusement, l'autorisation n'a toujours pas été donnée", a déclaré M. Zelensky selon des propos retransmis par la présidence ukrainienne. "Tout cela laisse penser qu'une décision politique a été prise pour ralentir le soutien qui nous est apporté", a-t-il ajouté.
- "Je le ferai" -
L'Ukraine s'interroge sur la pérennité du soutien américain, crucial dans la guerre contre la Russie, après des critiques de Donald Trump envers Volodymyr Zelensky. Il l'accuse d'alimenter la flambée mondiale des prix du carburant en visant les raffineries russes, et estime qu'il ne travaille pas à une fin du conflit.
"Zelensky ne sait pas de quoi il parle", a déclaré Donald Trump. "Honnêtement, je pense qu'il est temps que quelqu'un d'autre négocie au nom de l'Ukraine", a-t-il intimé lundi, reprenant son appel au départ du président ukrainien, tout en mentionnant de nouveau l'accord qu'ont conclu Washington et Moscou pour un achat de gazole russe.
M. Trump s'est également dit prêt à rencontrer prochainement ses homologues russe et chinois : "Si le président Xi (Jinping) le veut, je le ferai", a-t-il déclaré lundi devant la presse.
Selon le Wall Street Journal, Vladimir Poutine a proposé à MM. Trump et Xi une rencontre tripartite pour discuter d'une fin de conflit en Ukraine. Son porte-parole Dmitri Peskov a déclaré que cette rencontre avait "effectivement été évoquée", les trois dirigeants étant attendus en Chine pour un sommet économique les 18 et 19 novembre.
Les rencontrer, "je le ferais, pas tant pour l'Ukraine parce que, franchement, la Russie a été bien sur l'Ukraine. Ils n'ont pas fait grand-chose récemment", a déclaré le président américain.
Volodymyr Zelensky a par ailleurs reçu lundi un appel de Léon XIV, quelques jours après que celui-ci a échangé par téléphone avec Vladimir Poutine, a annoncé le Vatican : le pape a exhorté les deux parties à permettre l'évacuation des civils et l'acheminement de l'aide vers la ville ukrainienne d'Olechky (sud), prise en étau entre les deux armées sur les rives du Dniepr.
- Renseignement limité -
M. Zelensky s'est également inquiété de limitations dans le partage du renseignement américain - ce que Washington nie - et du fait que la connexion au réseau Starshield de SpaceX restait limitée sur certaines zones du front. Ces deux éléments sont essentiels pour l'armée ukrainienne.
Ainsi, dans la nuit de dimanche à lundi, "encore une fois, il n'y a eu aucun avertissement préalable de nos partenaires" d'une attaque de missiles balistiques russes, a regretté le président ukrainien sur X. Des conditions similaires s'étaient produites la semaine dernière.
Dans la soirée de lundi, une attaque russe sur un parc de la région de Kharkiv (nord-est) a tué six personnes, dont trois enfants, ont rapporté les autorités locales. Et une frappe ukrainienne a tué trois personnes dans un véhicule des pompes funèbres dans la région de Lougansk contrôlée par Moscou, d'après le dirigeant local installé par la Russie.
Depuis l'Ouzbékistan, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a répété lundi qu'il n'y avait eu "aucune pause" dans le partage de renseignements avec Kiev.
Selon M. Zelensky, les capacités de connexion au réseau satellitaire Starshield de SpaceX, une variante militaire de Starlink utilisée par l'armée ukrainienne, restent limitées.
"Les équipements cessent de fonctionner à des vitesses de 130 à 161 km/h dans plusieurs secteurs du front", a-t-il observé lundi, accusant Washington de brider délibérément ce réseau, ralentissant la logistique sur le front et limitant l'utilisation de certains drones.
"Lorsque les livraisons de missiles pour la défense antiaérienne de l'Ukraine sont bloquées, tandis que la Russie bénéficie d'allègements ou de reports de sanctions, c'est, malheureusement, un déni de la réalité de la part de nos partenaires", a asséné M. Zelensky.
Y.Ingvar--MP