Tour d'Italie: et de trois pour Narvaez
D'abord tenace, puis chirurgical, l'Equatorien Jhonatan Narvaez a remporté sa troisième victoire en huit jours au Tour d'Italie, mercredi à Chiaveri, quatre mois après un terrible accident.
Déjà vainqueur des 4e et 8e étapes, le coureur d'UAE a définitivement transformé son Giro en triomphe en s'adjugeant aussi le 11e round après avoir joué au chat et à la souris avec le grimpeur espagnol Enric Mas.
Les deux hommes étaient les plus forts d'une échappée d'une dizaine de coureurs, dont le Français Warren Barguil (9e au final) lors de cette étape très animée, sauf dans le peloton des favoris où le Portugais Afonso Eulalio a conservé le maillot rose avec 27 secondes d'avance sur Jonas Vingegaard.
Narvaez et Mas se sont détachés du reste de leur groupe dans la dernière des quatre montées au programme pour engager un duel passionnant entre puncheur et grimpeur.
Se sachant le plus rapide au sprint, Narvaez a attendu son heure, s'accrochant à la roue de Mas dès que la route montait, sans jamais le relayer.
L'Espagnol était, lui, obligé de collaborer dans le bout de plat amenant à l'arrivée pour ne pas permettre à un premier groupe de poursuivants, composé de Chris Harper, Aleksandr Vlasov et Diego Ulissi, de revenir.
Placé devant une équation insoluble, Mas a encore tenté de lâcher son rival dans un petit talus à 4 km de l'arrivée, puis deux kilomètres plus loin le long des arcades du centre-ville. En vain.
"Je savais qu'il était le plus rapide. C'était un scénario impossible pour moi", a-t-il constaté après avoir été irrémédiablement battu au sprint par Narvaez qui l'a doublé le long des barrières.
- "Phelps ne fait pas de la course à pied" -
"Enric était plus fort que moi dans les ascensions. Je savais que je devais jouer mon jeu. Je me rappelais d'un livre qui disait: +si ce n'est pas ton jeu, fais ton propre jeu. Michael Phelps ne fait pas de la course à pied, c'est un spécialiste des bassins, non?", a expliqué le champion d'Equateur lors de l'interview protocolaire.
Plein de maîtrise dans le final, le coureur de 29 ans a aussi été particulièrement opiniâtre en début d'étape pour accrocher l'échappée.
Alors que plusieurs coups étaient déjà partis, sans coureur UAE dans le lot, il a fini par "faire le jump" tout seul dans le Passo del Termine, à 82 km de l'arrivée.
"Lors du briefing, on avait dit qu'il fallait être dans l'échappée. Et ensuite on rate le premier groupe, puis le deuxième groupe. Après deux heures de course sans débrancher, j'ai décidé de revenir moi-même sur l'échappée. Ca a été une journée très dure."
Très dure, mais au final encore une fois victorieuse, alors que c'est seulement sa deuxième course de l'année. Car Narvaez, un des lieutenants favoris de Tadej Pogacar, a raté tout le printemps à cause d'une grosse chute le 24 janvier au Tour Down Under, en Australie, lui causant plusieurs fractures aux vertèbres.
"Jhonny est un exemple de résilience. Il a eu beaucoup de mal à revenir après son accident mais il a toujours gardé le Giro dans sa tête", l'a applaudi son manager Mauro Giannetti dont l'équipe empoche déjà sa quatrième victoire dans cette 109e édition.
Une razzia inespérée après avoir perdu sur chute trois coureurs, dont leur leader Adam Yates, dès la deuxième étape en Bulgarie.
D.Wolf--MP